Copie de ma lettre

Voici une copie de la lettre que j’envoie régulièrement pour essayer de faire bouger les choses. Si vous voulez la réutiliser, n’hésiter pas.


Lettre d’un daltonien.

Le daltonisme :

Il existe dans la population environ 4 % de daltonien. Ce pourcentage s’applique à la France, mais aussi au niveau mondial selon la répartition suivante : 8% de la population masculine, et 0,5% de la population féminine (cette différence tient compte de raisons génétiques et statistiques).

Le daltonisme peut être réparti en plusieurs types : les dichromates et les trichromates anormaux. Avec pour chaque type des sous-classes de répartition. Ce qu’il faut retenir, c’est que chaque type de daltonisme à ses propres déficiences de couleurs (qui ne sont évidemment pas les mêmes : rouge, vert et bleu), avec pour chaque daltonien, une atteinte plus ou moins élevée.

Les conséquences du daltonisme se caractérisent par l’absence de perception des couleurs ou par l’incapacité à différencier certaines teintes ou couleurs. La plupart du temps, les gens pensent que les daltoniens ne voient pas le rouge et/ou le vert. Ce qui est totalement faux et beaucoup plus complexe (comme je l’ai déjà dit, chaque daltonien n’est pas atteint au même degré). Mais le résultat est bien là : les daltoniens confondent effectivement certaines couleurs (dont le vert et le rouge pour certain d’entre eux et pour ne pas dire la majorité). Or, malheureusement tout notre système "moderne" est basé sur ce système de couleur : vert et rouge.

Que ce soit en électronique (les diodes vertes et rouges pour ON/OFF, par exemple), mais principalement, pour ce qui m’amène vers vous : la signalisation, et particulièrement les feux tricolores.

La signalisation :

Le problème des feux tricolores est un problème peu abordé lorsque l’on parle de daltonisme : la première réponse quand on lève ce sujet est toute simple, « la solution est facile, il suffit de regarder la position du feu ».

Je voudrais tout d’abord rappeler un détail technique. Il faut savoir que la distance d’un objet coloré joue sur la couleur pour un daltonien. La raison est bien simple : plus une image est loin, plus elle sera petite sur la rétine (« effet lentille »), donc moins l’image atteindra de cônes (responsable de la transmission des couleurs vers le cerveau), et ce sont évidemment les cônes qui sont responsables du daltonisme.

Deux cas sont très désagréables pour les daltoniens, et je vais tenter de les détailler, sachant qu’il est parfois difficile de décrire avec des mots ce que l’on voit.

La nuit
Premièrement, la nuit, comment différencier le haut du bas lorsqu’on voit un gros point lumineux. Vous me direz que généralement, les feux tricolores sont placés dans des lieux éclairés. Or, c’est aussi un problème pour nous, les daltoniens : notre oeil n’est pas du tout attiré par ce point lumineux rouge, contrairement à vous, où inconsciemment votre oeil sera attiré par ce point rouge. Imaginez une grande avenue éclairée par une ligne de lampadaires (souvent jaune ou blanc). Comment faire la différence entre la couleur d’un lampadaire et celle d’un feu tricolore ? Comment l’œil peut-il être attiré par cette lumière plutôt que par une autre ?? Sachant qu’en plus, de nombreuses enseignes lumineuses (parfois clignotantes) parcourent nos rues de part en part... Je vous assure, et je parle par expérience, que ce n’est vraiment pas évident !!!

Le jour
Pour mieux comprendre le phénomène du daltonisme en plein jour, voici un petit exemple concret : les arbustes verts. En été, ces buissons comportent des petites baies rouges. Je suis incapable de distinguer ces petites boules rouges sur fond vert, alors qu’en m’approchant (lorsque je suis à 1 mètre), je vois clairement ces petites boules.

Pour les feux tricolores, c’est la même chose. Pour aménager nos routes, des nombreux arbres ont été plantés. Le feuillage de ces arbres change évidemment avec les saisons. Fréquemment, les feux tricolores sont placés juste devant ces arbres (choix esthétique certainement). Comment voulez vous qu’un daltonien distingue la couleur rouge dans ces conditions !!!

Bien entendu, ces cas doivent être nuancés :
-  Lorsque des voitures sont déjà arrêtées à un feu, un daltonien s’arrêtera aussi,
-  Si un feu passe de vert au jaune puis au rouge, nous verrons le changement (du bas vers le haut) : mais pas très pratique comme avertissement, ni systématique comme évènement.

Des solutions toutes simples :

Pour éviter des accidents lors de ces feux que nous « grillons » parfois sans même le savoir. Je propose quelques modifications élémentaires des feux tricolores.

Modification pour mieux visualiser la position :
Illuminer le pourtour du feu tricolore par des diodes d’une couleur quelconque (je pencherai pour le bleu car c’est pour moi une couleur qui me saute aux yeux, comme vous le rouge certainement). Ainsi il serrait plus facile de déterminer si le feu est en bas (vert) ou en haut (rouge).

Modification pour aider à l’interprétation des couleurs :
Ajouter un code de signe/forme associé à chaque couleur au lieu de n’avoir que des ronds lumineux. Pour aller dans le sens commun de l’utilisation des formes, on pourrait les utiliser ainsi :
-  Rond lumineux vert (avec au centre une absence de lumière en forme de flèche),
-  Triangle lumineux orange,
-  Carré lumineux rouge (avec au centre une absence de lumière en forme de croix).

Attirer l’œil :
De plus, pour attirer l’attention sur le feu tricolore, je propose que chaque lumière soit clignotante lorsqu’elle est active.

Cette liste est non exhaustive et demande certainement à être complétée. Ce sont des propositions assez simples que je trouve importantes à être signalées. Je propose qu’une étude soit engagée avec des ophtalmologistes (et/ou médecins spécialisées), des daltoniens, et des représentants de la voirie/état (pour la faisabilité et le coût de mise en oeuvre de diverses solutions pouvant également s’appliquer au niveau Européen).

D’ailleurs, dans certaine région du Québec, les feux de signalisation commencent à prendre en compte ce problème car ils ont des formes géométriques (cercle, losange, carré).

En conclusion :

Une personne sur dix est susceptible de « griller » un feu tricolore, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner (je pense aux accidents et non à la verbalisation). Nous sommes dans une période où la sécurité est de plus en plus examinée avec attention, ce serait donc l’occasion de se pencher sur ces questions.

Je suis à votre disposition pour toutes questions et/ou propositions que vous souhaiteriez me poser (coordonnées ci-dessous).

Je vous prie de croire en mes sentiments les meilleurs.


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  • La commission européenne le 21/06/2010
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