Colère positive d’un daltonien

Auteur : Rémi - 25 ans - 19/12/2009

En cherchant des informations sur l’Internet sur permis de vol à voile et daltonisme, je suis tombé sur votre site. Je vous remercie, ainsi que tous ceux qui ont publié un témoignage. Le daltonisme est courant, mais pourtant aujourd’hui rien n’est fait. Passons tout ce qui est repérage électronique, message d’alertes informatiques, vêtements, les métiers « interdits »... tous ces petits tracas auquel l’on doit faire face tous les jours. Mais justement, à travers tous ces témoignages, on se rend bien compte que le « daltonien est malin », il trouve des astuces, des combines, des contournements, et je pense qu’il sait davantage faire face à une situation anormale.

Pour ma part, mon daltonisme a été détecté assez tôt en école primaire, vers les 6 ans. Au début, j’ai vécu cela comme une tare, et un handicap : avoir jusqu’au lycée les crayons de couleur avec les fameuses étiquettes. Par la suite, je me suis rendu compte que cela pouvait être un formidable avantage. Je m’en suis rendu compte en lycée en cours de géographie. Alors que mes camarades apprenaient « bêtement » une carte en la photographiant dans leur esprit, moi j’apprenais plutôt la « philosophie » de la carte, j’arrivais à superposer à d’autres types de cartes, par exemple relief, régions économiques, ses caractéristiques... Je passerai volontairement sous silence la terreur des cours de chimie où pour détecter la présence d’une substance, ils ont rien trouvé de mieux que des précipitations de couleur bleu, bleu vert, vert, jaune, jaune orangé (d’ailleurs est ce vraiment bien scientifique que de se fier à un jugement subjectif d’une personne ?). Cette lacune a développé ma mémoire, et en en parlant avec mon frère, lui aussi daltonien, et d’autres connaissances eux mêmes daltoniens, des constats similaires pour chacun pouvaient être dressés.

La plus longue journée de daltonien que j’ai pu avoir, cela se passa au cours d’une visite médicale militaire pour un concours d’entrée dans une école d’ingénieur. Cette visite devait durer environ 2 heures. Tout se passait bien jusqu’aux fameux tests de vision. « Vue ok de 10/10, passons aux couleurs ». D’emblée, je leur est dit que j’étais daltonien, ce qui ne les a pas empêché de me faire passer des tests, des examens et encore d’autre tests pendant plus de 4 heures, pour une conclusion finale : « Monsieur, vous êtes daltonien ». Heureusement que ces gens étaient là pour m’informer. Ces personnes, il faudrait leur confier le déficit de la Sécurité Sociale : cela ne résoudrait rien, mais au moins cela le ralentirait considérablement. Passer 4 heures sur une information que je leur avais donnée, il n’y à pas à dire, ils sont efficaces.

En fait de ma vie de daltonien il y a deux choses que je trouve énervante et que je ne supporte plus. La première, c’est cette fameuse question que tout daltonien se voit poser toute sa vie « Ça, tu le vois de quelle couleur, ça ? ». Cette façon d’agir, c’est exactement la même chose que répéter plus fort et plus lentement des explications à quelqu’un qui ne parle pas votre langue. Alors OUI on voit différemment, mais êtes vous sûrs vous les gens dits « normaux » de bien voir de manière identique ce foutu rouge cadmium ou ce bleu cyan. La deuxième, ce sont ces métiers qui nous sont interdits sans vrais arguments qui tiennent la route. Si on avait interdit à un certain sourd la musique, les symphonies de Beethoven n’auraient elles jamais existées ! Si on avait refusé ce fameux cancre d’Einstein en collège, la relativité aurait elle été découverte ? Oui en cas d’urgence le daltonien n’ira pas appuyer sur ce foutu bouton rouge, mais il ira appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence, et il ne le cherchera pas, car il aura mémorisé son emplacement.

Cette colère est positive, car pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas se faire marcher sur les pieds, j’ai compensé mon daltonisme en trouvant des astuces, en développant ma mémoire mais aussi mon sens de la répartie, car pour ne pas passer pour un c**, il faut savoir trouver très vite des arguments pour démontrer que le véritable c** dans l’affaire, c’est l’autre. Aujourd’hui, même si un traitement existait, je ne le prendrai pas, car je veux continuer à être différent et emprunter des chemins qui ne sont pas tracés. La découverte et le marginalisme sont tellement plus intéressants que le conformisme.

Rémi - 25ans


Sommaire de la rubrique Témoignages

  • Fier d’être daltonien
  • Daltonien et art
  • Les rouges sont éteints et les verts chantent
  • Des enseignants sensibilisés
  • Colère positive d’un daltonien
  • Bizarre, bizarre
  • Métier de policier
  • Daltonisme en gendarmerie
  • Officier de police C4
  • Distinctions
  • Artiste peintre amateur
  • Femme et daltonienne
  • le daltonien est malin
  • deutéranope léger
  • marin pompier
  • optique
  • bureau d’étude